Dans une petite vallée perdue de la Drôme provençale, le village de Ferrassières reste l’un des derniers lieux où l’on fabrique encore, à l’ancienne, des bouquets de lavande, d’un bleu profond exceptionnel.
La lavande superbleue est une spécialité du petit village drômois de Ferrassières. Une lavande pas tout à fait comme les autres, car elle est sélectionnée par les agriculteurs pour sa couleur, vive et persistante, plutôt que pour son parfum. « Quand les lavandes sont en fleur, en juillet, chaque producteur sélectionne les pieds qui produisent les couleurs les plus soutenues, raconte Nathalie Busi, lavandicultrice.Nous marquons ces pieds d’un piquet et nous attendons le mois de février suivant pour réaliser des boutures qui donneront des touffes d’une couleur très intense. »
Au ras du pied, sont coupés des morceaux de tiges ligneuses, d’une quinzaine de centimètres de haut, puis plantés à raison d’une bouture tous les 1,5 centimètres. Ces dernières restent en terre une année, le temps de développer leur système racinaire. Au printemps suivant, elles sont replantées dans leur parcelle définitive, espacées alors de 45 centimètres.
Mais il faut encore attendre l’année suivante pour commencer à récolter les premiers brins fleuris, pour confectionner des bouquets bien bleus. L’essentiel de ces bouquets est alors revendu à des grossistes, ou en vente directe sur place. Cette lavande fine, Lavandula angustifolia, lorsqu’elle est sélectionnée pour sa couleur, perd comme il est de coutume, de son parfum. Elle est ici utilisée uniquement pour composer de beaux bouquets colorés, qui serviront pour la décoration.
Mais Ferrassières est, comme ailleurs en Provence, touché de plein fouet par la dégénérescence des pieds de lavande, un problème auquel les scientifiques n’ont pas encore trouvé de solution pour le moment. « En 2000, nous produisions autour de 100 000 bouquets de lavande superbleue, aujourd’hui, à peine 12 000. Quand nous replantons une parcelle, nous ne savons même pas si elle tiendra jusqu’à la première année de récolte, soit trois ans après, reconnaît Nathalie, découragée. » La diversification de cette culture à bouquet est nécessaire vers le lavandin, plus résistant. Elle s’opère à contrecoeur, car il ne produit pas des bouquets d’aussi belle qualité.
Par Aurélie Laglantine. Photos Franck Bel (Mon Jardin & Ma Maison, juillet 2010)
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