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La roseraie de Francia Thauvin

Fille et petite-fille de pépiniériste, Francia Thauvin est retournée aux champs par amour des roses. Visite de sa roseraie privée au coeur de la zone horticole orléanaise.

ZOOM

la pergola, qui fut le premier élément du jardin personnel de Francia. Faite de poteaux de châtaignier, elle part de la maison et longe le terrain côté pépinière. Sur l’arceau au premier plan, ‘Paul Transon’ explose de bouquets saumonés, légèrement frisottés. Cette obtention Barbier a été créée à Orléans autour de 1900.

Tout sourire et dévouement pour ses roses et ses clients, Francia Thauvin mène son affaire tambour battant, avec deux permanents dont sa fille Flora.

Ce rosier couvre-sol, dont les boutons ne s’ouvrent jamais, a été recueilli dans un jardin par Francia qui l’a nommé ‘Fraise des bois’. Il reste en observation, encore trop mystérieux pour être commercialisé.

‘Pierre Cormier’ est un petit polyantha parfait pour la culture en pot. Ces rosiers à petites fleurs remontantes furent une des spécialités de l’Orléanais Turbat, entre 1910 et 1930

‘Pink Bells’ est très remarqué à l’entrée de la serre où un seul pied s’étale sur 4 m2. Début juin, il est recouvert de petites fleurs qui ensuite remontent peu. Cette obtention Poulsen des années 1980 est disponible uniquement sur place, pas au catalogue.

Au pied de chaque pilier de la pergola, est posé un vieil arrosoir à côté d’une touffe de népéta, géranium et autres vivaces classiquement associées au rosier.

Au potager, assortiment de framboises, courges, ciboulette et autres herbes cultivées en petites quantités.

‘Mme Lauriol de Barny’, sur le toit de la pergola. Ce rosier ancien Bourbon (1838) séduit encore par son parfum et ses belles coupes, imitées aujourd’hui par les rosiers David Austin.

Un parterre de conteneurs. La grande serre froide se remplit en fin d’hiver, avec le rempotage de rosiers à racines nues qui étaient en jauge. En maijuin, ces rosiers en pots forment un vrai parterre fleuri où l’on vient se servir. Cette présentation recueille de plus en plus de succès. Elle permet de choisir la rose sur pied, sans ambiguïté sur la couleur et la forme, d’élargir la saison des plantations jusqu’à l’été. Ceci est un atout en sols lourds, humides en hiver, où la plantation de printemps est préférable à celle de l’automne, avec un rosier plus fort, mieux armé pour l’été que celui à racines nues.

La fleur presque noire de ‘Guinée’, l’une des préférées de Francia, mêlée à une clématite créée par son voisin Arnaud Travers.

    Francia n’avait pas dix ans quand elle a appris à greffer ! Dans sa famille, les grandes vacances se passaient aux champs, à la multiplication des plantes, et ça continue ! Après une parenthèse plus citadine dans une société d’électronique, c’est en 1989 qu’elle reprend une parcelle familiale, des contrats de multiplication pour les rosiers d’André Ève et le fond végétal des pépinières Jourdan et Ève qui comportait des essences rares et une collection de 150 variétés de rosiers qu’elle a presque quadruplée en vingt ans. « J’aime les roses plus que tout : je ne me lasse pas de les regarder et les travailler ne me coûte pas. J’ai cru un temps que je n’exercerai jamais ce métier, et j’y suis si bien à présent, toujours dehors et mon propre maître. »

    Pour qu’elle ait son jardin personnel, elle a entraîné sa famille à côté de la pépinière, sur une parcelle acquise pour construire une maison. Ce terrain-là, sur 2 500 m2, est son domaine privé dont elle n’accorde l’entrée qu’à quelques fidèles. Les roses y sont reines, en particulier sur l’immense pergola, mais n’excluent pas d’autres attractions : le bassin, un petit coin de fraîcheur au fond du jardin, ou le potager à l’abri d’une serre à l’ancienne, réalisée par la société Serres et Ferronneries d’antan. « J’ai démarré le potager suite à une conférence de Jean-Paul Collaert, qui exposait son idée du potager en carré. Depuis, je l’ai modifié à ma façon, mais je garde le principe de faire tourner les cultures sur de petites parcelles encadrées de caillebotis. »

    Francia déplore de ne pouvoir en profiter davantage, mais il y a tant à faire ! Les clients demandent beaucoup de disponibilité, qu’elle ne refuse jamais. La production n’attend pas : l’été au greffage, l’hiver à l’arrachage. Pendant ces semaines cruciales, pas question de lever le nez : « Il ne faut pas se laisser déborder surtout en hiver où les journées sont courtes. » Notre rosiériste arrive quand même se libérer pour rencontrer des connaisseurs, visiter des jardins, revenir à la Roseraie du Val-de-Marne à l’Haÿ-les-roses ou à celle de Sangerhausen en Allemagne y retrouver des variétés oubliées, pour faire revivre la création d’obtenteurs comme Barbier, Vigneron, Altin Robichon, Eugène Turbat… au travers de l’association des Amis des roses orléanaises qu’elle préside.

    En pratique

    ● Le Domaine de Cornay et sa serre sont ouverts au public le lundi après-midi, mercredi, vendredi et samedi toute la journée. Livraison des rosiers à racines nues du 1er novembre au 15 mars, par correspondance (www.rosier-pepiniere.com) ou enlèvement sur place au 345, rue des Pépinières, 45590 Saint-Cyr-en-Val. Tél. 02 38 63 85 23. (www.thauvin-francia.com).
    ● Voir aussi, la roseraie Jean-Dupont, dans le parc Léon-Chenault (quartier Saint-Marceau, Orléans sud), conservatoire des obtentions orléanaises, créé sous l’impulsion de Marcel Turbat.
    ● Les Amis des roses orléanaises, Maison des associations, 46 ter, rue Sainte-Catherine, 45000 Orléans.

    Reportage et photos réalisés par Béatrice Pichon.
    Mon Jardin & Ma Maison N°598 Novembre 2009

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