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Un jardin à l'hôpital

Le mercredi 13 janvier 2010 à 10h04

Des expériences réussies et la persévérance d’associations commencent à convaincre hôpitaux, maisons de retraite et centres de soins des bienfaits du jardinage.

ZOOM

Graine de vie, inauguré par l’Institut Curie, est un lieu d’échanges et de rencontres autour du jardinage : 1 000 m2 ont été aménagés sur une terrasse en plein Paris. Des miniparcelles surélevées en facilitent la culture. Photo S.Laure

La pratique du jardinage, par ses actions répétitives dans le temps, fixe des repères, un cadre, et responsabilise. Photo I. Smolinski

Dans un jardin thérapeutique, les plantes parfumées, tout comme celles qui par leur forme ou leur texture aiguisent les sens, sont très importantes pour les souvenirs qu’elles réveillent. Photo S. Ligny

À Colombes (92), le Jardin des âges, conçu par Anne Ribes, rapproche les enfants d’une école maternelle des résidents de l’hôpital. Ensemble, ils sèment, bouturent, arrosent et surtout échangent leurs connaissances. Photo C. Desheulles

De la déstructuration de l’espace à sa construction, John a fait évoluer son jardin. Cela a d’abord été un cocon, c’est aujourd’hui une succession d’univers et un lieu de rencontres. Photo I. Smolinski

L’activité au jardin stimule la mémoire, donne des repères dans le temps mais aussi dans l’espace. Au final, il rend le jardinier fier de son oeuvre. Photo C. Desheulles

De la déstructuration de l’espace à sa construction, John a fait évoluer son jardin. Cela a d’abord été un cocon, c’est aujourd’hui une succession d’univers et un lieu de rencontres. Photo I. Smolinski

Le jardinage sort de l’isolement et crée des relations différentes entre patients et personnel soignant. Le jardin thérapeutique est un pas vers la réinsertion dans le monde. Photo S. Laure

De la déstructuration de l’espace à sa construction, John a fait évoluer son jardin. Cela a d’abord été un cocon, c’est aujourd’hui une succession d’univers et un lieu de rencontres. Photo I. Smolinski

Le jardinage sort de l’isolement et crée des relations différentes entre patients et personnel soignant. Le jardin thérapeutique est un pas vers la réinsertion dans le monde. Photo S. Laure

À tout âge, le jardin rythme la vie et fait du bien. Pour l’équilibre mental, il doit être ouvert mais protégé de l’extérieur, et surtout du bruit. Il doit aussi être découpé en petits univers porteurs de symboles, de souvenirs. Photo S. Ligny

« Le jardin est un lieu de repos et de calme favorisant l’équilibre psychologique et contribuant donc à la guérison. » Dans Toucher la terre, jardiner avec ceux qui souffrent, Anne Ribes, infirmière, livre à la fois un récit des expériences menées et un guide pour tous ceux qui souhaitent développer le concept d’hôpital vert. Toucher la terre est paru aux éditions Médicis, 200 pages, 21 €. Consultez aussi le site de l’association Belles Plantes : mapage.noos.fr/ bellesplantes

    Le jardin est « quelque chose de léger et de vivant, qui fait le lien entre le monde intérieur et ce qui entoure », analyse Véronique Dreyfus, psychiatre. Tout jardinier en est conscient. Cette relation importante pour chacun d’entre nous l’est davantage encore lorsque la maladie ou l’isolement a rompu ce fil. John vivait replié sur lui-même, coupé du monde. En quatre ans, depuis qu’il dispose d’un lopin de terre, sa vie a changé. Le jardinage est même devenu son métier. Aidé de sa mère et d’amis, il entreprend d’aménager la parcelle, révélant son âme d’artiste.

    « Au début, j’y passais des heures, assis à côté du feu, sans bouger, sans jardiner. Puis j’ai commencé à monter des structures et à récupérer tout ce que je trouvais aux alentours pour créer tipis et cabanes. » Petit à petit, l’espace se structure, s’organise, le jardin s’agrandit et des plantes sont installées. Depuis un an, John a franchi une étape importante en acceptant de parler de son travail à des visiteurs. « Le jardin est un espace relationnel, note Véronique Dreyfus. Dans le cadre des psychoses, par sa notion de parcelle, il redonne un sens à l’espace, et par son mouvement permanent et l’obligation d’agir, un sens au temps. » Dès lors, l’isolement est rompu. Un facteur également primordial pour les personnes âgées.

    Lieu d'échange et d'activités
    Dans le Finistère, l’arboretum du Poërop, jardin labellisé « remarquable », est lié à un contexte médical. Sur le site de l’arboretum, une institution centenaire accueille des personnes âgées. En 1998, le directeur de l’époque, Jean Merret, passionné de botanique, entreprend de réhabiliter la ferme attenante à l’arboretum et attribue à chaque résident une petite parcelle de potager à cultiver en compagnie de l’équipe soignante. D’une part, les résidents s’approprient l’arboretum – jardin à contempler –, et d’autre part, ils rythment leurs journées en jardinant. Le résultat est l’établissement de nouvelles relations entre résidents et avec leur entourage.

    « La nature a le pouvoir extraordinaire de faire remonter des tas de souvenirs », remarque Anne Ribes, infirmière et ambassadrice des bienfaits du jardin sur la santé. Le jardinage fait travailler la mémoire, fixe des repères et crée des liens sociaux, en plus du plaisir qu’il procure. Plusieurs initiatives placent justement le jardin sous le signe de l’activité, associant équipe soignante, jardinier, personnes âgées et enfants, comme au Jardin des deux âges, à Strasbourg, ou encore à Colombes, en région parisienne. L’expérience et les souvenirs des uns se confrontent à la fraîcheur et la détermination des autres. Dans le Cher, l’activité au jardin va encore plus loin. Puisque les jeunes adultes impliqués, autistes, cultivent des Cucurbitacées qu’ils vendent à la foire aux potirons de Tranzault.

    Un début d'organisation
    Anne Ribes a créé l’association Belles Plantes pour la réhabilitation des espaces verts dans les hôpitaux en milieu urbain. Il lui a suffi 50 m2 pour créer un atelier de jardinage où éducateurs et enfants en grande difficulté se retrouvent une fois par semaine à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Souvent liés à une volonté personnelle, des jardins à but thérapeutique ont parfois périclité suite au départ de leur initiateur. Pour cause principale, le déficit de formation des médecins et du personnel hospitalier à cette forme de thérapie, une parmi tant d’autres… L’association Jardins et Santé milite pour le développement de telles pratiques. Véronique Laulier, responsable de la formation continue à l’École nationale supérieure du paysage de Versailles, travaille sur le thème. Son objectif est de proposer un protocole d’enseignement, d’ici à l’an prochain, qui aide à la conception particulière de ce type de jardin.

    Sylvie Ligny - Novembre 2009

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