Ce jardin a été dessiné et composé en terrasses pour faire le lien avec la nature environnante. La légèreté et la fluidité des feuilles d’olivier et de grenadier permettent au regard de filer vers les collines gersoises.
Dans son premier jardin, Madeleine avait tenté de reproduire le parc de son enfance, un lieu mythique chargé de souvenirs affectifs : une jeunesse entière passée dans les arbres, un père poète, paysagiste et pépiniériste, une passion pour les cyprès d’Italie...
Pour son nouveau jardin, créé il y a maintenant cinq ans, elle a privilégié le dessin, en jouant avec le végétal, l’eau et la pierre, et en intégrant des réminiscences de ses voyages dans les jardins. Ainsi, une allée pavée de cailloux blonds de rivière fend l’espace jusqu’au bassin. Elle est bordée de géraniums vivaces magenta mêlés à des touffes d’origan. C’est alors le royaume des papyrus et des pondétéries P. cordata, aux fleurs bleues et aux feuilles en forme de coeur.
Des grenadiers et des oliviers, plantés symétriquement de chaque côté de l’allée, offrent un clin d’oeil aux jardins mauresques de l’Alhambra de Grenade et à ceux des Oudayas à Rabat, tout comme la fontaine qui apporte une note musicale et fraîche l’été.
Aux jardins italiens, Madeleine emprunte l’aménagement en terrasses ponctué de claustras en briques sur lesquels sont posés des pots Médicis. Les cyprès dressent leurs colonnes dont le vert sombre contraste avec le gris des oliviers. Les arbres au feuillage persistant alternent ici avec une végétation aux feuilles caduques élue pour ses belles couleurs d’automne, une longue saison en Gascogne.
C’est la période préférée de Madeleine, marquée par la beauté des érables des forêts domaniales du Sud-Ouest et celles de hêtres rouges, au col des Ares dans les Pyrénées toutes proches. Voisinent dans son jardin, près d’une cinquantaine de cyprès, des grenadiers dorés, des bouleaux aux pépites d’or, des Cotinus coggygria qui se parent d’orange intense.
Au sol, pointent les petits cyclamens de Naples échappés des bois de la région. Deux Hydrangea quercifolia géants, en pots, ferment la cour intérieure qu’ils animent de leur flamboyant feuillage. La vigne vierge couvre de son manteau rouge la maison et les dépendances avant de s’effeuiller sur les terrasses. Les tapis de feuilles font partie du charme du jardin en cette saison : elles se ramassent aux premières gelées au moment des nouvelles plantations.
La jardinière a fait sien le proverbe « À la Sainte-Catherine tout arbre prend racine », tout en se remémorant la phrase de son père « plantez un arbre pour les oiseaux », c’est-à-dire une espèce riche en baies. Elle se réjouit des belles palettes de couleurs en perspective et de ces nouvelles sensations visuelles. « Combien de saisons faudra-t-il pour que l’ensemble arrive à maturité ? » Pour Madeleine, prendre son temps, s’attarder dans son jardin, c’est aussi faire un voyage…
Reportage réalisé par Françoise Dubarry. Photos Perdereau
Mon Jardin & Ma Maison N°598 Novembre 2009
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