Dompter la paroi rocheuse en lui gardant sa beauté naturelle, tel est le pari magnifiquement réussi du paysagiste John Hodder, qui a installé ses plantes préférées face au port de St Peter, à Guernesey.
Imaginez une falaise à la beauté sauvage, envahie par les bruyères et bon nombre de plantes endémiques qui fleurissent ces paysages inoubliables des côtes de Guernesey… En cinq ans, avec beaucoup d’énergie (et de moyens), le talentueux paysagisteJohn Hodder en a fait ce jardin exceptionnel, qui surplombe la mer et entoure la maison sur trois côtés ! Il avait pour mission « de créer quelque chose de bien, qui soit beau toute l’année et offre un écrin à l’habitation ».
Ses seules contraintes sont donc venues de la nature, avec le relief qu’il a fallu maîtriser, et les éléments climatiques qui influencent le choix des plantes. celles-ci doivent être résistantes aux embruns et au vent froid venant de l’est certains jours, même si la douceur de Guernesey reste l’un des principaux attraits de l’île. John aime les plantes autant que les défis ! Il n’a pas dessiné de plan mais, après défrichage, équipé de ficelles et d’échelles, il a tracé les chemins et les murets, qui ont permis de stabiliser le terrain.
Pour maintenir la terre en place, il a décidé de laisser les racines des arbustes sauvages et les gravats retrouvés là, issus de la dernière guerre. Aucun apport de « bonne » terre n’a été nécessaire ; le sol sec et bien drainé convient à bon nombre de plantes. L’expérience des jardins qu’il a réalisés sur l’île et ses souvenirs d’enfance, dans son jardin français, entre Saint-Brieux et Dinan ont fait le reste. John voulait des plantes qui soient belles le plus longtemps possible. C’est un succès avec les graminées, qui allongent la saison estivale.
Car, si les arrosages ont été copieux les deux premières années, les plantes se débrouillent seules maintenant. Il a donc abandonné l’idée d’installer des hortensias, par exemple. Et teste la résistance des plantes succulentes, qu’on ne voit pas encore sur ces photos de l’été précédent, mais qui l’enthousiasment. Si un jardinier passe chaque semaine pour mettre en ordre les massifs et suivre les instructions de John, le paysagiste se réserve les travaux de taille.
« C’est très important de couper soigneusement les fleurs au fil de l’été. Cela permet de garder un port dense et harmonieux. Les calendulas, parexemple, si vous les coupez seulement en fin de floraison, juste avant l’hiver, ils vont disparaître. Je les taille un tout petit peu, très régulièrement, et ils sont magnifiques ! C’est vrai aussi avec les séneçons, les céanothes, les lavandes… » .
En cinq années, la végétation a bien progressé. John souhaitait un jardin qui s’intègre dans le paysage, avec beaucoup d’espèces persistantes, comme les phormiums, les cistes, les grisélinias, les bruyères, les armérias… Il ne voulait pas envahir la falaise, mais la planter en préservant un effet naturel. Car, comme il le souligne : « C’est une grande joie de voir fleurir les plantes sauvages » !
Par Caroline Géneau. Photo Perdereau (Mon Jardin & Ma Maison, Juillet 2010)
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